Port treize, à la douzaine (en vogue) 

   

 
récit doré l'ami
texte
 

Remi et Mado

       
    Rémi aime Mado. Il le lui dit tout le temps et sur tous les tons :

Mado mon adorée!
Ho Mado mon radeau,
Ho Mado ma méduse !

Sur ta peau dorée
Mes doigts s'usent

Au radeau ma méduse !

Rémi est ravi de son chant car Mado est ravissante. Elle aussi l'adore, malgré son mal de dos rare, car ce mâle d'aurore sait lui dorer la mie, et de son mat doré lui roder la raie.
Rémi n'a qu'un défaut, il est dur d'oreille - ce qui pour un musicien est gênant -. Pourtant Mado dit assez à Rémi de retirer cette cire qui lui bouche les oreilles, cette crasse du tympan, comme dit Marcelle. Mais Rémi ne l'entend pas de cette oreille en voulant jouer le Sacre du Printemps.
Mado déteste Marcelle, ce petit rat d'opéra, qu'elle a dans le dos quand elle est dans la fosse, et qu'elle joue avec Rémi. Marcelle est maline, sur les planches faciles à cirer de la scène, elle fait des sauts qui fascinent l'ami Rémi. Il faut dire que de dessous, on voit tout d'elle. Ses frou-frou ne cachent pas tout. Mais Marcelle s'en bat l'œil, sans bas ni ballerines, elle se sent plus à l'aise, plus belle à l'aise et plus balaise. Souvent dans les coulisses elle mate Rémi de dos qui joue mal mais qui est beau. Il a beau être sourd comme un pot c'est un beau mâle, pense-t-elle, mais pas de pot il aime Mado. Si Rémi l'addo adorait moins Mado, Marcelle la puce aile aurait sa chance. Mais Mado connaît la chanson ! Mado se méfie d'elle, et quand elle peut, elle taquine la rate de la pucelle. Rémi qui est fidèle à Mado se défie d'elle et décue, Marcelle s'en va. De ce sacré printemps, Du chant du signe, Marcelle dit c'est assez, mes bas de laine sont tout percés, j'ai bon dos et j'ai beau faire, si on voit le bas, ça cache le haut. La belle affaire ! Mais Marcelle n'a pas dit son dernier mot.
Un jour dans une loge Marcelle vit le violon de Mado posé de dos sur un lit. Elle eu une idée de délit. Si les cordes sonnent mal, pensa-t-elle, de ce violon je fais une crécelle. Marcelle défit celles du haut et laissa les basses. Ce coup bas de Marcelle coupa les bras de Mado, lorsque dans fosse, septique, elle joua faux. Elle lâcha un flûte !! quand son ut fit do et que dans son dos Remi rit. Sans bras, Mado était moins jolie mais Rémi l'aimait en corps assez pour se passer de ses bras. Il l'aimait même davantage car s'embrasser est mieux quand on est amoureux. Ca me casse les pieds disait Marcelle, car même sans bras Mado était toujours là. Dans l'orcherstre on lui avait donné un autre rôle, étant donné la chute du do, et de ses bras, elle sifflait maintenant debout les airs d'opéra. Rémi était fier de voir que Mado n'avait pas baissé les bras après ce coup dur, et que si une chose était sure, c'était que la chute du dos de Mado était belle à voir. On aurait dit une vénus Grecque de dos dans cette robe décolletée. Or de dos ce grand V nu mit l'eau à la bouche de tous les musiciens, ce qui rendit Rémi jaloux. D'ailleurs les musiciens rentraient déjà en scène, coté cour. Ils étaient tous en lice, résolus à lui faire la cour, décidés à déclarer leurs flammes, prêts à la vouloir pour femme. Mona avait su montrer qu'elle était une femme de tête, avec sa voix. Lorsqu'elle montait d'un ton, elle gonflait tant et si bien ses poumons que sa poitrine sous la robe devenait saillante. Elle mettait un point d'honneur à donner le la et à battre la mesure avec son postérieur. Elle était irrésistible comme diva et quand, pour remercier le public, elle se penchait en souriant, ses fossettes se creusaient avec aisance.
Mais seul Rémi l'avait nue dans son lit. Moins une, il épousa Mado. Il avait eu chaud aux fesses et l'avait maintenant sur le dos. Il la lavait aussi, il mit l'eau dans son bain, puis de l'eau dans son vin. Devenue diva, Mado attirait les foules et il n'était plus le seul à la prendre dans ses bras. Après l'ovation, dans les coulisses, elle se laissait porter au-dessus de la mêlée par ses groupies, qui ne manquaient jamais de la monter en la tenant par la croupe, car c'était la prise la plus facile. Avide de compliments, elle recevait souvent dans sa loge des troupes entières de militaire, de pompiers et de garçons bouchers (les uns pour les airs qu'elle chantait, les autres pour sa robe rouge, les derniers pour les morceaux de choix qu'elle sifflait…)…Mado se laissait transporter, se laissait tripoter, se faisait abuser par tous ces homme et, bien que sourd comme un pot, Remi qui n'avait pas ses yeux dans sa poche (parce que ce n'est pas leurs place) devenait se jour en jour plus aigrit. Son air devenait même mauvais quand il jouait du violon à celle qu'il avait tant adoré. Il aurait même voulu devenir violent, ce qui aurait pour lui été une première. Premier violent de l'orchestre pour un sourd c'est pas banal. Lisant l'amertume de Rémi, le soir, quand il jouait à fond du hautbois pour calmer ses ardeurs, elle finit par lui dire : " Accordons nos violons Rémi, ne soit pas sot mon ami, toute diva que je suis, c'est à toi que je le dois ! Je suis la voix tu es les bras, à nous deux nous faisons corps, ma vie c'est la tienne et ton vit c'est le mien. Pose ta anche et prend la mienne dans tes mains. Aini, Mado su remettre son mari dans sa poche, en mettant l'os d'arrêt de Rémi au chaud dans la raie de sa chute de dos. Rémi raidit, retrouva le dos de sa clarinette.
C'était clair et net, elle en pinçait encore. Il tenait le gigot par l'os et elle dansa la gigue pour son gigolo. Ce fut de nouveau la noce.

Seule, désormais, Marcelle se mordait les doigts de n'avoir pas coupé plus haut le cordon de l'instrument de Mado. Cela lui aurait sans doute coupé les cordes vocales, voire la tête pensa-t- elle. Sans tète elle n'aurait plus été aussi attirante. Sans bouche, comment aurait-elle pu siffler ces airs ? Sans bouche, comment sans téter aurait garder Rémi ? Si la main de Marcelle avait été plus sure, Mado n'aurait pas pu s'en tirer, c'est sûr… Cette erreur capitale lui avait été fatale. Elle fut virée des planches sur le champ, faillit être lynchée par le gardien de l'entrée… comme elle courait vite, elle prit du champ et son cou échappa au garrot.
Aujourd'hui encore, le gars des clefs rage de n'avoir pas pu le faire, lui avait on dit. Elle avait payé cependant, quand quelques jours plus tard, pour la punir, des copains de Rémi étaient venus l'attendre chez elle et l'avait tondue… C'est sans sous et sans tifs qu'elle avait connu Ivan. Il plaignait sa coiffure et lui prêta son peigne et voyant ses seins nus, il ajouta un peignoir. Ivan était prévenant pour elle et devint son ami.

A se mordre les doigts, Marcelle avait fini par les manger tous. Elle due s'acheter des gants pour cacher ses moignons. Elle choisit des gants verts en pensant au grand vent de l'hiver et au grand vert du divan. Un vert divin, avait dit Ivan en l'accompagnant au port. Marcelle partait en bateau pour le nouveau monde, espérant trouver là bas un beau gars, sans dégât, dans une bodéga où elle pourrait danser en gagnant sa vie. Ivan resta à quai.

 

     
       
       
       
     
   
   
Marcelle et Mona
       
    Ce que Marcelle regrettait plus que tout, c'était de n'avoir pas mis le mariée à nu, elle même.


Rémi l'aurait aimé sans Mado, mais il n'y avait rien eu à faire… De son célibat, elle en avait marre ! Si elle avait largué les amarres, ce n'était pas par amour pour le large, c'était pour se donner du champ.
Durant son voyage Marcelle fut servie. Elle se sentit moins au large et mieux entourée. Elle plu à des hommes, tous marins : le capitaine, un stewart, le cuistot et son mitron, le radio et son pompon, ainsi que quatre hommes d'équipage. Elle se découvrit un faible pour les uniformes. Durant les neuf semaines de la traversée, elle occupa son temps à brosser des pantalons, à cirer des chaussures, à polir des boutons, à peigner des pompons, à recoudre des galons… sans être une corvée, ce n'était pas simple, étant donné l'état de ses doigts,. Sa dernière conquête fut un mousse qu'elle rencontra un soir au bar. Il l'invita à prendre une bière. Remarquant que sa vareuse baillait, elle lui proposa, en échange la boisson, de lui rendre la pareille, en lui cousant une pression. Il accepta volontiers. Bien qu'étant manuel, le mousse avoua qu'il ne savait ni coudre, ni lire, mais Marcelle en faisait son affaire car il faisait l'affaire. Marcelle qui jusque là n' avait collectionné queles uniformes fut ravie de se livrer au livret du bord analphabète. Pas si bête qu'il en avait l'air, d'ailleurs !Elle trouva qu'il apprenait vite, et même, qu'il était un peu poète quand il lui soufflait dans l'oreille " Ho Marcelle, ho ma lyre, ho mon alizé… ". Il était gentil aussi, car comme Marcelle n'aimait pas les hommes à poil, il se rasa la moustache et la barbe rien que pour lui faire plaisir. Mona, était le nom de ce jeune mousse sans bouton de manchette qui avait su lui plaire Ses doigts étaient agiles, quand sous le gilet de Marcelle il mettait la pression. Il effeuillait la rose avec délice, et feuilletait le rosaire avec la délicatesse. Elle s'enivrait de ses caresses, il s'y livrait si couramment, qu'il apprit à lire aussi vite qu'il la prenait. Mais ils durent bientôt tourner la page. Tout voyage a une fin, et lorsqu'elle quitta le navire, elle du faire une croix sur Mona. non parce qu'elle était croyante mais parce qu'elle regrettait sa croisière. Elle fit se signe machinalement et prit ses bagages sans faire machine arrière.

En bas de la passerelle, une autre fille attendait Mona, mais ne le reconnut pas tout de suite sans ses moustaches. A bord, un mousse a plein de tâches ingrates et de taches à gratter : en un mot il n'est pas trop considéré. A terre, un mousse c'est plus grand chose, mais sans moustache, c'est moins que rien…La jeune fille le lui dit, en ajoutant qu'elle était pressée qu'il l'enlace. Mona pensa qu'elle n'avait pas flairé le pot aux roses, car si Lisa avait su pourquoi il avait rasé sa moustache, elle l'aurait sans doute quitté sur le champ. Il embrassa donc Lisa tendrement contre un poteau rose du port en lui demandant : " Comment tu vas Lisa ? ".

     
       
     
   
Lisa et Rosa
       
    Lisa était une amie d'enfance. Elle était orpheline et Mona s'était occupé d'elle très tôt. Sans faire l'aumône à Lisa, Mona l'avait sérieusement aidé à se tirer d'un mauvais pas. Il lui avait même trouvé du boulot dans une boite de nuit où Lisa était serveuse. Ce boulot plaisait bien à Lisa, même si dès fois, elle aurait préféré être sur la scène et chanter pour entrainer les clients. Pourtant un jour Lisa en avait eu marre et elle avait lâché son boulot sur un coup de tête au patron qui la serrait d'un peu trop près. Lisa n'avait pas demandé son reste et avait quitté la boite sans valise. Elle avait trouvé une place chez une fleuriste qui bégayait un peu, mais qui était gentille.

Madame Rose, Rosa pour les intimes, aimait son métier, sa boutique et ses fleurs. Quand Lisa arrosait les roses de Rosa, elle faisait toujours attention de ne pas se piquer. Elle se piqua souvent quand même, et accrocha ses robes aux épines. Rosa n'aimait pas que l'épine piqua l'habit à Lisa , car Lisa était mise à nue. Les pétales des roses c'est doux comme du trèfle, mais les épines ça pique comme du cœur, disait elle souvent. Et les pines elle n'aimait pas ça !

Mme Rose était veuve et divorcée. Elle n'avait jamais eu de pot avec les hommes. Son premier mari était mort jeune, ce qui avait fait d'elle une veuve fraîche, puis elle s'était remariée sur le tard avec un jeune alcoolique qui tapait dans la caisse pour payer ses tournées. Un soir elle l'avait surpris alors qu'il forçait le tiroir et ils s'étaient violemment disputés. Cela c'était reproduit plusieurs fois jusqu'au jour ou Francis piqua tous les billets de Rosa. Ce fut, entre eux, le début de la fin. Elle avait demandé le divorce et l'avait obtenu. " C'est comme ça, aimait a dire Mme Rose, c'est comme ça, la vie. Cette phrase qu'elle répétait sans cesse, elle la tenait de son premier mari, écrasé par une ambulance, en sortant du bar d'en face. Elle se souvenait de ces dernières paroles, quand elle lui avait serré la main avant qu'il ne rende son âme au diable " C'est ainsi R.. Rose, c'est la vie… "
Finalement, finissait toujours par dire Rosa à Lisa, tous les même, Ils boivent et c'est nous qui trimons…La vie est une partie de carte, tu coupes, tu passes, tu coupes, mais t'y coupe pas, tu finis par passer l'arme à gauche. Disant cela elle versait toujours une larme.

Depuis qu'elle travaillait là, Lisa enviait la vie en Rose de Rosa, en vidant les vases d'eau de roses… Chez elle, Lisa prit goût au dessin. Mme Rose, qui aimait la peinture à l'eau, l'avait encouragé à continuer sur cette voie. La petite avait du talent pour représenter les fleurs et, quelles que soient les techniques elle savait y faire. Mais la technique que Lisa préférait, entre toutes, était celle du Lavis dont elle avait pu voir quelques exemples dans le livre d'estampes japonaises de Mona. Le seul inconvénient de l'encre de chine était la couleur des fleurs : tantôt noires, tantôt grises, ce que Mme Rose trouvait triste… " Des fleurs d'enterrement, disait Rosa. Il faudrait un peu de couleur pour faire joli, ça manque de rose, le rose c'est la vie… l'encourageait Rosa….
Mais ce n'était là que l'avis de Rose, et même si de Rose elle sait l'avis, Lisa, qui a pris de l'assurance, ne tient pas compte son avis et vise plus haut. Elle veut vendre ses tableaux sur le port pour voir venir les navires et Mona, pour l'accueillir sur le quai, les bras plein de roses, mais aussi pour mettre du beurre dans ses épinards ! Et pis na!

Dans la galerie marchande ou Lisa proposa ses fleurs, elle fut prise, et qu'elle ne fut pas sa surprise, quand le marchand lui dit qu'elle avait le vent en poupe. Quand Mona lui avait dit un jour qu'elle était " son alizé à lui " elle ne l'avait pas vraiment cru, mais maintenant c'était réel, Lisa s'était réalisée. Car si avec Mona, Lisa avait compris qu'elle était désirable avec ce marchand, Lisa réalisait un rêve. Mais Lisa se trompait. La seule chose qui intéressait le marchand c'était la fleur de Lisa. Quand Lisa comprit qu'elle s'était trompée, elle en fut bien malheureuse. Lisa, lui avait dit le marchand, convolons, car l'éros c'est la vie, et ma vie me semble vide sans vous ! Elle ne voulut pas qu'on la vole et fit volte-face. Quand elle confia toute cette histoire à Mona, son ami, il tenta de la consoler en disant " Tu sais, dès fois c'est rosse la vie… "

     
       
     
   
Marcelle
       
    Marcelle avait trouvé un job comme danseuse dans une boite, près du port. Ce n'était pas ce qu'elle avait espéré, bien sûr, mais il fallait bien commencer quelque part. La boite était lugubre et le patron pas marrant. Il filait des marrons aux filles, des taloches, et des coup de talon quand il était en colère. Marcelle n'aimait pas qu'on la traite ainsi, elle déprimait, réprimant les sangles au longues lanières qui avait une fois encore zébré ses bas…. T'es chocolat ! avait dit sa copine, en le voyant broyer du noir. Titine, sa copine, était infirme depuis que le patron l'avait cogné dans l'escalier. Il faut dire qu'elle était si fine qu'elle cassait comme du verre. Quand sa jambe cassa, elle aurait du aller à l'hôpital, mais elle n'avait pas le sous et ses os se ressoudèrent de travers. Depuis elle boitait. Marcelle qui n'avait plus de doigts ne voulait pas risquer de perdre autre chose. Elle avait décidé de se faire la malle. Aussi ne fit-telle pas long feux dans cette cantine. Un soir Marcelle vida son sac et monta faire ses valises. Mais quand elle voulu partir, le patron l'attendait en bas, devant la porte, de sorte qu'elle ne puisse pas sortir.. En bas, dans l'entrée le patron de Marcelle et la patronne attendaient de pied ferme, lui chaussé de ses bottes et elle dans ses bas. Attention ! avait prévenu Titine, la mère est pire que le père ! A eux deux ils font la paire, alors fait pas d'impaire. " Si tu veux te casser, tu vas casquer, avait dit l'homme !. Fouette cocher avait aboyé la matrone ". Voyant que ça se gâtait, Titine voulu intervenir. Clopin-clopan elle couru aider Marcelle, mais la boiteuse se pris au châle, qu'elle portait bas, et, en tombant, vola en éclats. Marcelle était verte de rage et couverte de grands verres cassés. Son sang ne fit qu'un tour, puis deux, car elle avait plus d'un tour dans son sac. Se baissant, elle tira le tapis rouge de l'entrée. La matrone glissa et le patron chuta. Elle fit d'une pierre deux coups. Il tomba raide sur sa femme. Il ne bougeait plus. Je l'ai raidit ! Merde, dit Marcelle, et sans perdre de temps, elle prit la clef du champ.
     
       
     
    Ivan
       
    Ivan Merle, c'était son nom, était inventeur comme il aimait à le dire. Il n'avait pas inventé la poudre, ni la roue de bicyclette, ni la pelle à neige, ni le fil du rasoir…mais il trouvait que c'était un beau métier. Ivan avait toujours été très élégant. Il portait toujours de beaux costumes blancs, en lin, tirés à quatre épingles. Ivan se tenait droit comme un I, quelque soit les circonstances. Qu'il pleuve ou qu'il vente, Ivan ne fléchissait jamais. Par contre comme c'était un homme remarquablement inventif, il réfléchissait beaucoup à la façon de se coiffer.
Muni d'un seul peigne, il pouvait passer des heures devant sa glace. Il ne coupait pas les cheveux en quatre, mais les lissait, les plaquait, les frisait, les bouclait… Un jour, Ivan avait décidé de se faire une raie. Avec une raie, dit Merle, ça fait plus chic, si non, les cheveux s'affaissent. La raie d'Ivan passait pour la plus belle. Ivan était rentier, il n'avait donc pas besoin de travailler et, quand il ne se coiffait pas, il pouvait passer des heures à lire. Ainsi Ivan pouvait lire un livre en entier sans s'arrêter, et il s'en vantait. Si non, Ivan avait plein de qualités, et plein d'égards pour les jeunes filles, et particulièrement pour Marcelle, même si Marcelle n'était plus celle qu'il avait connu jadis. Mais quand Ivan aimait quelqu'un c'était durable, une amitié du râble, c'est une relation qu'on scelle à vie. La Marcelle d'Ivan n'était pas de sel quand il la serrait dans ses bras pour se consoler. Le seul gros défaut de Marcelle c'était qu'elle n'avait jamais été pour la paix des ménages : elle cherchait sans cesse à happer l'aimé d'une autre. Mais Ivan, à ce sujet ne craignait pas grand chose ses seuls gros chagrins étaient pour ses chats gris. Marcelle avait essayé avec le Rémi de Mado, avant c'était avec Elmer.
     
       
     
    Elmer
       
    Avant d'être danseuse à l'opéra, Marcelle travaillait dans un théâtre. Elle passait la toile sur les planches, le chiffon sur les cadres, le balais un peu partout. Marcelle avait suivi l'appel des ménages, car elle pensait que c'était là sa vocation. Mais Marcelle était distraite et il lui arrivait souvent de perdre son balais ou la pelle des ménages. Cette pelle était la hantise de Marcelle, elle courait toujours après en disant : " si la pelle déménage ce n'est pas de ma faute, cette pelle édentée est hantée ". Cette expression faisait sourire Elmer. Une pelle en T il n'avait jamais vu ça. Elmer était un acteur du théâtre. Il trouvait Marcelle plutôt jolie, quoique un peu trop maigre à son goût. Elmer était un solide gaillard, ce qui lui valait souvent de jouer des rôles musclés dans les pièces, des rôles de méchants ou de gentils dans lesquels Elmer savait s'imposer, non par la voix, car il était muet, mais par les gestes. Elmer, pour jouer utilisait toujours son corps à fond, car à fond, c'était sa seule façon de faire. Elmer n'était pas muet de naissance, il avait perdu la voix en muant. Bien entendu, c'était triste, mais en remuant il s'était découvert des qualités de mime. Il avait commencé par mimer tous les membres de sa famille : le bras de son père, les pieds de sa mère, la main de sa sœur dans la culotte du zouave… Comme il était doué, il avait vite appris et même, il avait continuer à faire le zouave pour sa sœur. Elmer devint donc acteur pour ne pas perdre la main de sa sœur. Il aimait son métier mais regrettait de ne pouvoir donner la réplique. C'est amer, qu'il pensait à son manque de voix, mais c'est à père qu'il pensait le plus souvent. Marcelle était taquine et disait à Elmer qu'elle avait mal pour lui. Le mal d'Elmer lui donnait la nausée. Elle aurait bien aimé qu'Elmer puise lui causer, lui dire des mots osés, mais Elmer était morose de la voir se moquer de lui. Les mains d'Elmer étaient larges, comme ses épaules d'ailleurs, ce qui plaisait à Marcelle. L'appel des mains larges d'Elmer ravissait Marcelle. De si grandes mains de six grands pieds laissaient Marcelle rêveuse sur le reste du corps. Elle voulait laper ces mains larges et aussi tout le reste. Mais Elmer ne ce souciait pas d'elle, il pensait surtout à Marine, la jeune actrice, qu'il sauvait, à l'acte trois, en brandissant son épée. C'était d'ailleurs les seules fois où il pouvait approcher Marine dans un salon.
     
       
     
    Marine
       
    Dans la scène 2 de l'acte étroit, Elmer venait sauver Marine. Il entrait par les coulisses en brandissant son épée, et pourfendait les os d'un vilain squelette caché sous un drap. La moelle giclait partout, mais Marine était sauvée des os qui hantaient son salon. Ensuite Marine prenait l'épée des mains larges d'Elmer et l'adoubait en disant : " Merci, preux chevalier, de m'avoir ainsi délivré de ce tas d'os austère qui me saoulait de vingt mots et me souillait de maints maux. Il me suivait partout, même aux toilettes, et voulait me tirer à la chasse. En brisant ma chaine vous m'évitez la noyade et l'humiliation !… ". Puis suivait une longue tirade durant laquelle, Elmer, un genoux à terre buvait les paroles de la belle Marine qui sentait vaguement que ce grand dadais d'Elmer n'avait d'yeux que pour elle, mais qu'étant muet il ne pouvait rien lui dire, et ça l'arrangeait. Elmer aurait sans doute voulu mettre la moelle de l'épée dans le poil de l'aimée.

Marine avait de beaux yeux et de ces grands yeux bleu, Marine chavirait les hommes. Elle le savait, c'était son dada. Marine aimait séduire sans s'attacher. Elle décochait des œillades prometteuses qui auraient allumé des feux en pleine mer. Mais dès qu'elle avait harponné un poisson, elle s'en lassait. L'homme avait beau s'accrocher, elle le laissait mariner dans son jus, jusqu'à ce qu'il sombre dans les gouffres amers de la mélancolie. Quand ils avaient touchés le fond, elle levait l'encre, mettait les voiles. Une seule fois Marine avait cédée aux assauts……. L'homme se disait pêcheur de perles, et il avait su manœuvrer sa barque pour la prendre dans ses filets. Marine, encore jeune et naïve, n'avait pas su résister aux perles et aux avances. " C'est rare les perles, Marine, lui avait dit le pêcheur en l'embobinant, mais pour toi je fendrais la mer pour en trouver. Je parcourrais le fond des océans aussi vastes soient-ils, pour te faire une rivière.. ". Bercée par ces promesses, elle l'avait épousé. Mais l'homme vivait sur une péniche et ne dénicha pas les perles promises. D'excuses en écluses, Marine s'était lassée de lui. Elle quitta ce mari sans l'embrasser et apprit plus tard que le marinier amer s'était noyé dans le vin, là où elle l'avait quitté. De cette expérience douloureuse et houleuse, Marine tira son mépris des hommes. Elmer ne ferait pas exception, lui aussi irait boire la tasse ! Or, sur ce point Marine se trompait. Elmer n'était pas aussi niais que son premier mari. Il n'avait pas l'habitude de travailler sans filets. A genoux devant Marine il pensait : " Cette fille veut me fait marcher sur une patte. Si elle croit que je vais faire le pied de grue devant sa loge, elle se goure. Tous les gars de la Marine ont coulé. Je ne suis pas prêt à me jeter à l'eau pour elle. Il faut que je me défile car Marine n'est pas le genre de fille à lier facilement connaissance, ni à avoir un fil à la patte !.Même si elle s'attache, Marine sans la marée, c'est pas la mer à voir ! Elmer préférait encore voir de dos le séant de Marcelle, plutôt que de risquer de boire les propos salés de Marine. " Avec Elmer, Marine était tombée sur un os. Malgré ses nasses et ses nattes… Elle avait échoué, Marine, sans l'amarrer : échec et mat ! Mais après tout ce n'était pas la mer à boire!

     
       
     
    Mr Mutt
       
    Des bombons, et des boutons, des dentiers et des dentelles, des ficelles et filets, on trouvait de tout dans la boutique de ce camelot. Mr Mutt vendait toutes sortes de choses insolites, des sceaux et des seaux, des litres d'eau, des sèche-bouteilles, des sièges percés, des pliants de voyage et des dépliants, des plis et porte et des porte serviette, des dés pliés, des jeux d'échec en peau de bique, des pots en terre et des peaux de balles, des moules en toc et des foules d'élastiques en vrac, des fonds de vin, des fins de stocks, des fils coupés, des bouts de traînes de la mariée, des fenêtre miniatures, des mètres de talons de chaussure, des étalons sans selles, du sel en pot, de la mousse à raser de près et des lentilles et du lard et des lorgnons et l'art en boite et des tonneaux et des tonnes d'eau. Il vendait de tout !
Mr Mutt était chauve et pour cacher sa calvitie, il portait une perruque. Sa femme, n'aimait pas cette prothèse en poil. Souvent elle cachait ce postiche et Mr Mutt faisait la grimace. Cesse cette moue, Mutt, disait sa femme, tandis que, à quatre patte sous le lit il cherchait en vain : " Où t'as mis ma moumoute, se plaignait-il sans se relever, si bien que, sous la couverture en fourrure, il ressemblait à un mammouth. Ce n'est que quand il se mettait à pleurer comme une fontaine que sa femme cédait et lui rendait ses touffes de poils.
Mme Mutt utilisait volontiers l'expression " pleurer comme une fontaine " plutôt que " comme une madeleine " parce qu'elle n'aimait pas Proust, et surtout qu'elle n'était pas croyante. De même elle disait " Bon thé Delphine ! " au lieu de " Bonté divine ! ", et " Saké ! non d'une pipe en bambou " pour éviter de dire le mot " sacré ". " Non de dieu ! " devenait " Nombre deux ", mais " Non d'un chien " ou " Nom de Non " pouvait se dire. Mme Mutt utilisait aussi de nombreux proverbes pour ponctuer ses phrases, ce qui agaçait son mari." qui a buse, aboiera ", " qui s'amuse et son museau ", " Il n'y a pas de fumet sans gigot, pas de voix sans fausset, pas voie sans voirie, pas de forte mule sans bourrique, pas de barrique sans ton eau… ". Elle disait encore " un siphon aide en vidant le tonneau " et " ton fond t'y aide, je ne boirais plus de tonneaux ", " ton front est tiède, jeûne et ne bois plus autant d'eau " " Au fond tu m'aimes, je ne boiterais plus dans ton heaume " et encore " Au fond de l'aine je ne ferrais plus téton haut ".
Dans sa boutique, Mr Mutt était pénard car il n'entendait ni ne voyait jamais sa femme. Elle était allergique à la poussière dont il faisait l'élevage, en moutons bien serrés. De temps en temps, il tondait ses moutons pour la laine. Sa laine n'était pas mauvaise comparée à celle de sa femme. D'ailleurs ses clients le savaient. Quand Alain ou Aline passait devant sa boutique, Mr Mutt ne manquait jamais de les interpeller : Hop Alain ! Hop Aline ! ô ma laine qu'elle est belle !A la voir d'en dessous et dents dessus, encore plus ! Hop la belle Hélène, vient souffler sur ma laine ! Hop Marlène ! dit, et triche pas ! Touche, c'est pas cher le prix de l'haleine… ! Bien sûr Mutt l'abominable, en profitait parfois pour palper leurs fourrures abdominales. Sa femme qui n'ignorait rien de ses manières, disait de son coté au voisin de palier : " Tu peux venir, Mutt tond ", et " Viens si Mutt tarde ". Et elle en profitait pour mitonner de bons petits plats, pour que Mutt, au nez, la croit occupée à cuisiner, tandis qu'elle déboutonnait sa chemise. Mr Mutt était trop occupé de son côté à compter ses moutons pour se douter que sa femme se faisait marmiter sous son menton. Sa femme lui broutait la laine sur le dos, pendant qu'il s'occupait, en bas, à tondre la sienne : en haut, sur le dos, elle se laissait brouter par le voisin d'en face. Sur tout ça, il n'eut jamais aucun soupçon : la cuisine était bonne et ses affaires marchaient bien
Sur sa devanture, Mr Mutt avait inscrit une réclame qui intriguait les passants : " Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous vous recommandons un robinet qui s'arrête de couler quand on ne l'écoute pas. " Certains passaient sans la voir, d'autres attirés par la curiosité entraient voir l'animal, d'autres d'un pas pressé se rendaient aux toilettes publiques pour soulager leurs vessies. Ainsi, l'effet souhaité était atteint une fois sur trois, mais le pire arrivait parfois, lorsque que certains confondaient le lieu et l'envie. Ils se précipitaient dans le magasin et pissaient en passant. Mr Mutt en tira quand même profit, installant des urinoirs blancs en série, signés de son nom. Aussi, ceux qui pissaient chez lui passait à la caisse.

Un soir Lisa passant par hasard, cherchant un vase pour ses roses noires, fut attirée par ces blanches céramiques. Mr Mutt, qui soignait ses clients, fit cas de Lisa et caressant sa toison lui proposa toute sa cargaison gratis. lisa ainsi chargée de cadeaux ne pouvait plus rien faire. Quand il lui proposa de goûter à son haleine, elle eu des hauts le cœur, mais royale, le laissa goûter quand même à la laine qu'elle portait en dessous. Elle pensait à ses vases gratuits et ne voulant pas les briser, laissa Mutt faire mouche sans broncher. De ces mots de reine, elle eut des maux de reins.

     
       
     
    Alain et Aline
       
    Il ne faut pas mettre de l'eau dans son lait : ça tourne, avait dit Mutt. Les deux lots aussi !

Alain, avec sa laine, faisait des matelas, tandis qu'Aline tricotait des pulls, des bonnets, et des chaussettes pour les pôles. Alain et Aline ne s'étaient jamais parlé dans la rue avant de se rencontrer chez Mr Mutt. Ils s'étaient partagés avec calme le lot de laine du camelot, là où d'autres se seraient disputés pour un gros lot. Ils avaient échangé un sourire et Alain charmé avait invité Aline dans un restaurant. Alain avait commandé du colin et Aline une limande aux amandes parce qu'elle était gourmande. " Je ne crains pas pour ma ligne " avait dit Aline en lui montrant ses mains, j'ai de la chance et je le sais bien. Puis prenant les mains d'Alain elle les posa sur sa taille pour qu'il puisse en juger par lui même. Elle était fine comme un fil comme il put en juger. Après avoir palpé ces lignes il lu dans ses yeux d'opale, un regard coquin. Changeant de sujet, ou presque, il lui parla de son métier de matelassier. Elle ne connaissait pas et voulu voir la chose. Dans son atelier, Alain lui montra comment il remplissait la toile avec la bourre. Elle le trouva a l'aise pour bourrer la laine et filer le lin. Elle insista pour qu'il lui fasse voir de plus près comment il s'y prenait. Les longues mains blanches d'Aline glissèrent sur la peau mate d'Alain… Elle sentit bientôt que, bien que brunes, les mains d'Alain étaient câlines quand, des hanches blanches à l'aine elles filèrent sa laine rousse. Ils mélangèrent ainsi leurs brins d'haleine et de l'amande d'Aline, Alain croqua la praline... Depuis ils ne se quittaient plus d'une semaine, malgré le pas long d'Alain. S'il prenait de l'eau, elle buvait du petit lait. Quand il était palot elle lui donnais son sein. Un des seins d'Aline sentait la mandarine, mais l'autre l'amande amère. Un jour d'ailleurs elle lui dit d'un ton détaché, qu'il serait bientôt papa d'un petit Paul. Alain ne moufta pas, en pensant qu'elle avait encore oublié de prendre sa pilule et qu'elle allait lui en faire avaler une, elle était maline… D'ailleurs avait-elle ajouté, s'étant remise au tricot tantôt, elle faisait déjà des moufles au petit Paul. Mais Aline filait un mauvais coton. Elle tomba malade. De blanche, elle devint pâle, puis trop pâle Aline. Alain s'alarma, mais il s'avéra que ce n'était pas grave. Le médecin le rassura en lui disant qu'elle était sur le point d'accoucher : ce qu'elle fit sur le champ mais dans son lit. Elle donna naissance à un beau bébé du nom de Pauline. Pauline passa son enfance à traîner dans l'atelier de confection de ses parents, près des grands lits en fer où son père posait ses matelas. Elle s'ennuyait un peu. Sa mère le voyait bien et elle disait à Alain : " Regarde, la Pauline erre ! ". Pour lui passer l'ennui ses parents lui offrirent une boite de couleur et la petite fille se mit à la peinture. Elle peignit donc les tas de laine, les cheveux roux de sa mère, les barreaux en fer du lit qui prenait la rouille. Petite, Pauline était vilaine, mais en grandissant elle devint moins laide et, pour finir, carrément belle. Sur le trottoir, devant chez elle, elle battait des tapis marocains quand elle fit la connaissance d'Ahmed. Il était beau, elle était brune, ils se plurent tout de suite. Elle se confia à sa mère, qui le soir même transmit à son père : " Tu sais Alain, ta fille est Amoureuse, ta Pauline aime l'Ahmed ! Mais… elle a lui fait un petit dans le dos et ça presse ! "

Pauline et Ahmed se mirent en ménage. Pour les épauler un peu, Alain et Aline mirent les bouchées doubles. On calfeutra les fenêtres qui prenaient l'air sans double vitrage, on boucha les fissures du plafond et celle des murs avec deux bonnes couches de joint blanc, on déboucha les canalisations en passant la sonde deux fois plutôt qu'une, on mit des verrous fermant à double tour. Quand le nid fut prêt, on déboucha deux bonnes bouteilles et on célébra leurs noces. Seul Ahmed ne but pas. Il préféra compter les grains de beauté de Pauline et prit des bains de gros thé à la menthe.

     
       
     
    Mona et Mutt
       
    Ho ! do shit again!… avait dit Mona à Lisa, qui sous la douche, racontait en pleurant ses malheurs.
Le salaud ! Je vais lui régler son compte à ce vieux porcelet! Je vais le saler ce vieux porc !
Sur ce, Mona se rendit au port, à brides abattues, bien qu'il soit à pied. Mr Mutt, tapi dans sa boutique, signait un meuble ciré pour en tirer un meilleur prix. Un meuble de style Louis caisse, indiquait la peinture fraîche de la pancarte suspendue au bouton de la porte. Quand Mona, en colère, fit irruption dans le magasin, Mr Mutt cru, en le voyant si rouge et si pressé qu'il voulait se soulager d'urgence et se souvint soudain qu'il n'avait plus de commodités à offrir, ayant refourgué sa camelote, la veille, à une fille belle à ravir, pour qu'elle en fasse des raviers à radis, ou des vases à vanille, ou autre chose peut-être… Tout déconfit, il s'apprêtait à en informer poliment le client quand il vit celui-ci s'avancer vers lui, une lame à la main. Il eut le temps de penser et à sa caisse (qui était vide), à ses moutons (qu'il devait tondre sous peu), à sa femme (un peu), bref à ses oignons…Tandis que l'homme s'approchait dangereusement, il bégaya : " R.Mu….Mutt, pour vous servir… " mais n'eut pas le temps de débiter son baratin habituel, il sentit le froid de la lame lui déchirer le cœur, et comme il l'avait sec comme une pierre il ne saigna même pas. Mr Mutt chuta, sans s'être signé une dernière fois, pensa que c'était dommage, parce qu'il en aurait sans doute tiré profit…Il chuta en silence, à bruit discret sans savoir que l'homme qui venait de le pénétrer de sa lame était l'amant de Lisa, ni que c'était aussi un fils caché. Si Mutt avait su tout cela, il n'aurait pas péri sous la lame d'un couteau tiré trop tôt pour ses coups trop tirés qui avaient fait de lui un vieux satyre ! Un coup de trop…Il aurait surtout épinglé sa femme, l'aurait traité de punaise, pour lui avoir caché ce fils tant attendu et qu'il n'avait jamais vu avant ce jour. Mutt mourût cette nuit là, avant le chant du coq, l'œil rivé au bec de gaz qui éclairait faiblement son gourbis.
Mona, après avoir refroidit le vieux s'était effacé discrètement dans la nuit.
Pour lui, c'était une affaire classée, il avait clôt les comptes, pas vu ni pris., ou presque pas encore.
     
       
     
    Bob et Jasper
       
    Deux personnes avaient vu, ce soir là, quelqu'un sortir de la boutique du camelot " Ce vieil original qui vendait des robinets révolutionnaires !. Un sacré phénomène ce Mutt !!, avait dit Bob en arrivant à hauteur de la boutique, tu vas voir ! " puis, avant de traverser la rue, ils avaient échangé un sourire complice avant d'ajouter en chœur " Un drôle de numéro !! " Sur la vitrine de la boutique, il pouvait lire " Ovaire toute la nuit " et aussi " nous livrons à domicile : moustiques domestiques (demi-stock) ", " le meilleur des savons est le savon aux amendes honorables !! "…et d'autres choses encore, ils souriaient benoîtement, mais en regardant à travers le grand verre cassé de la vitrine il furent saisis d'horreur. Un homme, un couteau à la main, se tenait penché au dessus du corps de Mutt. Il était blanc comme un lavabo ! avait dit Bob, Comme un linge ! avait précisé Jasper en faisant l'un et l'autre leurs dépositions.
Un type qui de fait buter c'est pas rare, leur avait dit l'agent, mais ce type là était avare et on n'a pas retrouvé son argent… crime crapuleux ! Le problème, avait ajouté le flic, c'est que ce type là était connu sur la place pour trafics en tout genre : objets dards, publicités mensongères, fausses écritures en tous genres, fausses déclarations au fils, fosses d'aisance à répétition, fausses moustaches et faux semblants,….dissimulation d'un disque optique à la peau lisse, faux éternuements en cage… Il avait été jugé pour " insecticide frelaté, folâtrant dans le lit de sa mère, propos rassis sur les étrangers qu'il voulait étrangler, propos osés à une certaine Mme Rose, propos exquis aux esquimaux, âpres propos au marchand de sel, détournement de fontaines, utilisation abusive de jeunes mollets, faussaire, travesti… Il avait fait des chèques en blanc et des échecs en boite, du chant en chambre noire, il avait même vendu de l'air à ses clients, envoyé des pneumatiques diffamatoires et femmes à barbe, vendu sa femme Elie… Mutt n'était pas un mort ordinaire conclut l'agent Tilly qui n'était pas une crème non plus !
     
       
     
    Élie
       
   

R.Mutt avait vendu sa femme Elie, le jour de ses noces, à des célibataires endurcis, qui avaient défilés moulés dans leurs uniformes pour la mise en plis, de la menue mariée. La pauvre fille n’eut pas de répit. Cette foule de phaliques d’enragés volontaires, fumait les cigares comme six (bien qu’ils soient neufs, les saouls), et comme six gares c’était trop peu pour neuf, ils se plaignirent de la paresse des voies ferrées entre deux passages de trains. Fumant et fulminant ils finirent par casser le lit d’Elie… Sortant du lit blanc cassé, Elie, fuyant nue, descendit l’escalier et sortit sur le palier. Elle était pâle, mais plus liée aux neuf membres (elle qui n’en avait que quatre). Dans la chambre, les seize libations des libres athlètes finissaient en pugilat, sans pyjama. Nus, comme de grands vers ils s’empoignaient, et s’empalaient. A la fin, il ne resta d’eux qu’un tas d’os : un beau dégât des os ! La police de ce tas de gars dresserait plus tard l’austère liste. Elie sans mari, sans amant, toute nue et toute émue, s’en alla. Le cou du Mutt était hard, se dit elle. J’étais vierge et je suis toute marrie, mariée à un démon. Ce Mutt était dur et cet adultère précoce et forcé, faisait d’Elie une sainte. C’est enceinte d’un moutard et accompagnée par un mot tard de Paul X, le pape, qu’elle rentra dans les ordres. Au couvent elle fut choyée, couvée même !

C’était un couvent mixte, comme il en existe très peu. Les sœurs étaient gentilles comme des crêmes, les frères compatissants. Déjà gosse elle aimait ça, les choux à la crème, mais grosse, elle avait peur en mangeant toutes ces pâtisseries de devenir obèse, ce qui n’est pas bien vu au couvent. Elle fit donc abstinence devant les sœurs, mais dans les cuisines, elle laissait les frères pâtissiers lui faire des gâteries. Ce qu’Elie n’avait pas apprécié de la part de Mutt, c’était surtout qu’il ne lui avait pas demandé son avis. Maintenant qu’elle ne l’avait plus sur le dos, elle prêtait volontiers la fesse, et contrairement à ce que l’on affirme, toutes les nones ne sont pas folles de la messe. 

     
       
     
    Ulysse et Loutre
       
   

« Un camelot se fait dessouder par un blanc » lu, Mona dans le train. Son crime faisait la une, mais Mona fut satisfait (borgne) en jetant un œil sur le reste de l’article. Le journaliste qui rapportait les faits, donnait le signalement d’un petit blanc que des témoins occulaires n’avaient vu que de dos. Mona lisant cela, sourit : il ne risquait rien, car ce soir là, il était noir de rage et il avait mis un grand manteau. Aucun autre indice, ni précision n’étaient donnés. Il ne risquait rien, mais était triste d’avoir laissé Lisa là bas. Un jeune homme triste dans un train qui siffle, c’est triste à pleurer, pensait le commis voyageur assis en face de lui, en regardant la lampe pigeon qui ne tenait qu’ à un fil au plafond du compartiment. Il faillit pleurer, d’ailleurs, mais étant assis là, il ravala ses larmes. Il se rendait en Italie, pour affaire. Celle qu’il allait signer là bas, allait lui coûter cher, il avait du se saigner au quatre veines pour amasser la somme…Si l’affaire était foireuse, comme il le craignait il ne ramasserait rien du tout, et comme il passait par Scylla, il avait peur de tomber sur Karim… Ulysse, c’était son nom, fumait cigarette sur cigarette en pensant à ce que lui réservait l’avenir… mais il était habitué à prendre des risques, et un naufrage de plus ou de moins….Il fuma six clopes d’affilé et songea qu’à ce train là, il serait bientôt sous pieds si terre, ou plutôt, rectifia-t-il, six pieds sous terre ! La sirène du train qui entrait dans un tunnel, confirma la chose.

 Clapclop, clapclop faisait le train. Cela rappela à Ulysse une blague de tabac que lui avait raconté son ami J-P Veragaine. Peut-être que si il la racontait, le jeune homme triste qui ne la connaissait sans doute pas, pourrait se dérider un peu. Il essaya de se souvenir de la chute mais ne la retrouvait pas dans son sac et, à la place, il sortit un jeu de carte. « Une petite partie, dit Ulysse ? »  Il fit tomber son jeu pour le mélanger, il avait vu sa femme faire ça avec les œufs, puis il les battit sans ménage, ni neige. Il distribua les cartes et annonça tout de suite la couleur. Mona prit de court voulu voir.

-         Un as et six reines !, annonça Ulysse en abattant son jeu.

-         Vous trichez, monsieur ! Ca se voit tout de suite ! répliqua Mona en rogne.

« Limonade ! Menthe à l’eau ! Eau plate et gazeuse… demandez des boissons ! » La voix qui interrompit ce début de  partie venait du couloir précédant la venue d’un débit de boisson ambulant poussé par un gros type en sueur qui tout en vantant ses boissons, s’éventait parce qu’il avait chaud.

-         Boissons fraîches, Limonade à la menthe, Menthe au lait, Citronnelle… !!

-         Nade ! dit Ulysse

-         Pardon dit Loutre (il s’appelait Loutre )

-         Citron…nade ! Pas citronnelle, citronnade !!

-         Vous en  voulez ou vous n’en voulez pas ?

-         Avez-vous de l’eau ? De l’eau tout court !

-         Ca, j’en ai pas !  que de l’eau plate, de l’eau gazeuse, de l’eau salée…

-         Pas d’eau salée ! J’en ai soupé. Donnez moi de l’eau plate ! C’est combien ?

L’eau c’est dix sous, au dessus, c’est l’eau à la menthe, le thé vert aux amendes, le thé au carême mêlé d’arôme de miel, fort conseillé pour les pèlerins qui se rendent à la Mecque….   

Ce marchand sait vanter  ses boissons pensa Ulysse, mais trouva que dix sous l’eau, était abusif  même si ses boissons étaient fraîches.

-     Ho dit ! c’est cher, dit Ulysse!L’eau à dix, c’est aussi cher que l’ oasis dans le désert quand t’a rien bu depuis des jours.

-         Mais, protesta le vendeur, en buvant de son eau, ce n’est pas l’eau d’une fontaine, c’est de l’eau d’église, la même d’ailleurs que celle que je mets dans la menthe, religieuse et bénite…

-         Bon Dieu jura Ulysse, du lait alors ! J’espère qu’il n’est pas de votre sein !

-         Vous êtes cinglé, dit Loutre, ne blasphémez pas et cesser ce laisser allé, mon lait est sain ! C’est du saint lait ! J’ai ma licence ! En colère, il se tourna vers Mona, et demanda : «  pour vous ça sera ? »

Mona prit un verre de beaujolais nouveau coupé à l’eau en pensant : le lait c’est beau, et l’osselet aussi mais l’ovin c’est mieux. Se souvenant d’une chanson à boire qu’il avait appris en air, il se mit à fredonner :

 Le lait c’est beau, laisse la belle, baise l’aisselle,

Comme les bonnets en laine de bison

Comme le beau  nez en l’air de Lisa.

 

Car Lisa est belle de haut en bas.

Lisa à nu, sans bas de laine, est plus belle

que Lison en haut, en bas de soie.

 

Le lait c’est bon, l’est beau ce lait ( bosselé, qu’il est mignon !)

Comme un beau scellé sur le con de Lison,

Comme le téton de Lisa, qui l’a ferme.

 

Le beau c’est long, le laid ça court (le long cuisses de Lison)

Comme sur le cul de Lisa.

Mais halte là ! Matelot  .

Hâte toi sur le matelas

 

Lisa est belle de haut en bas,

quand Lisa  à nue, se marre(elle se fend la poire)

sur le lit bas à terre,

sans hauts ni bas

 

L’eau c’est long , et le nu vite

comme l’os à lait,

gobe un bolet

Mais halte là ! Matelot 

Mate là sur le matelas.

 

Le lait est bon et certains l’aime chaud,

Comme le lapin,

Comme les lapons…

 Le laid c’est beau, Ho le bolet ! 

     
       
     
    Isabelle et Barbe
       
   

Comme le train arrivait en gare, Mona lassé du commis qui serrait ses lacets et qui voulait qu’on lui cire ses godasses, décida  illico de changer de place. Dans le wagon voisin, il s’assit sans ce soucier d’une petite fille qui s’agitait beaucoup. Elle allait et venait d’une femme à une autre en riant très fort :

-         Zazie, pesta sa mère, cesse ce charivari ! Ca gène ! Laisse la dame tranquille, ne dit plus de gros mots…

-         Que non ! avait dit la gamine, la dame est gentille, je l’aime et trop !

-         Trop c’est trop, avait dit la mère, à courir ainsi tu nous casse les pieds !

-          Zut ! avait dit Zazie, Ho ! la barbe ! avant de prendre une claque puis un savon.

Les savons à Barbe (c’était la mère de la fillette) étaient salés ! Mais c’était ainsi, elle était sa mère et elle ne supportait pas les mots sagaces de sa fille. Ca l’agaçait toujours, et la seule façon de calmer sa fille, finissait en fessées. Les faits, sont là disait-elle, j’ai trop gâtée ma fille, elle le sait, elle en profite. Si petite, les fées s’étaient penchées sur elle, on n’en serait sans doute pas là !J’ai fondé tant d’espoir en elle, mais depuis samedi soir, ça me déçoit ! Isabelle (Zazie n’était qu’un diminutif !) me lasse avec ses manies et ça date d’hier (on était dimanche).  Il n’y a que quand je lui caresse les fesses avec des lanières qu’elle se calme. Si je dois m’occuper d’elle en vain, ça va me couper d’elle. Isabelle a beau être ma fille, ses manières d’enfant gâtée me déplaisent, sa conduite me préoccupe beaucoup!

Assise Isa s’ennuie, à six ans elle en faisait déjà seize ! Aujourd’hui elle en a vingt, mais n’a pas beaucoup grandit. Le corps d’Isabelle est resté petit, mais Isa ne veut plus qu’on la traite comme une enfant. Ses amis se moquent d’elle et sa mère continue à l’appeler Zazie en souvenir de son père qu’elle n’a pas vraiment connu.

Elle venait d’avoir sa première quenotte, quand son papa est partit voir ailleurs : sa femme le rasait mal, et souvent le coupait. Il avait mal et ça le barbait de se rendre au bureau de tabac, avec tous ses bobos. Les clients se marraient en le voyant débarquer, rasé de près mais couvert de plaies : « ton coupe-choux te coûte pas cher, mais fais gaffe à ta gorge, Georges…T’as encore laissé ta peau à la fille du rasoir,…On te soutient Georges ! t’as l’air syncopé !…. »… Georges le savait bien, il avait beau avoir cette fille dans la peau, tous les matin il craignait d’y laisser la sienne. Quand Barbe le rasait, sa vie  ne tenait qu’à la fille, et puis, il en avait sa claque de ces pointes à répétition… Un soir, donc, avait dit sa mère, en rentrant du bureau un poil énervé, ton père t’avait trouvé la morve au nez et une dent dans la bouche, « T’as mal Zazie ? avait-il demandé, puis s’adressant à Barbe, il avait dit d’un ton sec « Quant à toi, t’as mal agi en me rasant le nez ! Ils se sont encore foutu de ma gueule au bar ! Ils m’ont dit Pauvre Georges t’as pas eu de nez avec cette femme !…et…Ce coup là ça te pendait au nez !…et… Nous on a un verre dans le nez, mais toi, ton nez coupé est dans les choux ! …. Fait gaffe Georges ! Après le nez, c’est les choux, le caillou, les genoux, et tu finis sourd, chauve et cul de jatte…

Sur ces paroles amères, il avait quitté sa femme, la mère de sa fille,  et, de ce jour,  Isa ne l’avait plus revu… Jusqu’à ce qu’elle décide, la semaine dernière, de fuguer pour le retrouver. Sa mère était partie à sa recherche, et la ramenait par ce train, après lui avoir botté le sien.

     
       
     
    Isa, Mona et Lisa
       
   

Isa, assise à sa place, sentait encore les douleurs de la raclée qu’elle avait reçue, ça lui faisait mal,  aussi, d’une fesse sur l’autre, elle se soulageait un peu. Mona qui s’était aperçu que la gamine n’était pas aussi jeune qu’elle y paraissait, voyant ses mines et son joli minois, pensa qu’elle se trémoussait pour lui plaire. Il profita d’une secousse du train pour aborder la fille, sans que la mère, ni l’autre femme ne les visse. Isa était novice, mais quand la main de Mona, sous sa robe, remonta sur sa cuisse, elle ne pipa mot de peur que sa mère ne sévisse. Mona était en lice en atteignant le calice d’Isa qui, sans trop le montrer, déjà était en transe.

Barbe, voyant ainsi s’agiter sa fille, cru que les vibrations du train en étaient la cause, ce en quoi d’ailleurs elle ne se trompait guère, car le train d’Isa remuait fort. Mona massait la date de Isa avec une main, et de l’autre tenait le manche en pensant : « Si je lui casse l’effet avec mes manières, elle ne s’agite pas moins, mais si je dois m’occuper d’elle en vain, ça me coupe la chique. Isa a beau être en liesse, elle peut se lasser de mes mains. Si ça se gatte, ne m’en déplaise, j’aurais œuvré pour rien! Mais Isa, pleine de malice, voyait en ce jeune homme sa planche de salut ! D’un coup ça fit tilt : elle se leva pour se rendre aux toilettes en prétextant un pipi. .. « C’était donc ça ! » pensa sa mère,  (le nez dans sa barbe) en replongeant dans son tricot. Mona de son côté avait compris illico. Il ne fut pas long à rejoindre la jeune fille qui, avant de se joindre à lui soupira : «  Si je te donnes les clefs du paradis, c’est que je suis pas radine, j’ai pris mon pied sous ta main câline, prend le tien dans ma ravine et j’en serais ravie… ». Le cas de figure semblait un peu périlleux pour Mona (trop de gymnastique à son goût !) qui hésita ! A ce train là, cette fille allait le coincer, il craignait la crampe… !!  De dos, Isabelle attendait que Mona se décide.  A trop aimer cet homme, pensa-t-elle, elle risquait le mélo, elle qui voyait en lui un héros, cria haros ! quand le train soudain freina…Mona surpris avait fait fausse route, Isa ne s’était pas attendue à ça. Lisa encore moins ! Elle l’a dans le dos maintenant qu’il est dans la fosse.

Mona avait laissé Lisa sous la douche. Elle attendait donc son retour, folle d’inquiétude. Mais il n’était pas revenu…

Si Lisa, avait su, à cet instant précis, où se trouvait son ami, elle n’aurait pas été soulagée pour autant. Ca va de soi, on l’a comprend !Elle n’aurait sans doute voulu être non plus à la place d’Isa (mais de toute façon, elle en ignorait le nom, autant que l’existence) car le train, en freinant, avait eu des hoquets, ce qui avait fini par soulager Mona ! Le jeune mousse harassé, avait commencé ce voyage en train sans savoir que, sans voile, il finirait à la vapeur.

Lisa aurait sans doute répondu que, sans voile, la marine était nue, comme Mona l’était sans moustache, comme Lisa sans Mona…

De cette passade dans le train d’ Isa, Mona considéra qu’il ne pouvait en rester là. Il l’épousa donc la belle, plutôt pour sauver la face que pour savourer la fesse. Il compris plus tard que c’était ce qu elle avait escompté, en l’attirant dans ce cul de basse de fosse. De ce coup bas,  dans ce cul de basses fesses, Mona ne se remit pas. Après quelques années d’une vie conjugale compliquée, conjuguée de rancœurs, d’hostilités et d’ennui, Mona jugulé quitta le foyer. Ils convinrent que les tors étaient partagés, sans jamais en venir au sujets qui fâchent. Ils lui reprocha ses cris stridents qui aiguisaient l’ouie (un vraie torture !), elle lui reprocha sa dentition qui avait jaunie… Ils se quittèrent sur un quai de gare, car tous deux voulaient revoir le lieu qui  les avait rapproché… Ce fut un moment terrible, et Isa ne trouva rien d’autre à dire que : «  quand on a un corps étranger entre les jambes, il ne faut pas mettre son coude près des siennes… puis ajouta…  ni mettre le cul en l’air avec des coups de partout, si on ne veut  pas un corps en cri.».

 

C’est depuis ce jour que Mona se cache, que Mona se terre. Reclus, il peint des parois de paroisses percées parées de paresse, des perrons parsemés de parcelles de pardon. Mona pond des chef d’œuvres à la pelle, puis déménage. Si, de temps en temps, il revoit Lisa, c’est à la messe ou à confesse et dieu seul sait ce qu’ils se disent, quand le rideau sur eux se baisse.