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L'insouciance (fragment 21) Quatre enfants sous la résille noire dun feuillage : linstant suspendu. La silhouette de cette fillette, bras tendu pour attraper un fruit qui pend à la branche la plus basse, une autre, montée sur une pierre bras écartés, cherchant son équilibre et, sur la droite, les deux derniers, des garçons munis de baguettes de bois frappant le sol. A quoi jouent-ils ? Quelle est cette danse qui se découpe sur un ciel blanc ? Linsouciance serait un peu cette image perdue. Et je revois le geste de cette femme, dans larrière-cour de sa maison, pillant du manioc, les deux mains tenant fermement le manche de bois sabattant en cadences dans le mortier. Je nai pas oublié le fichu rouge et blanc, ni les motifs verts et jaunes de son boubou. Je nai pas oublié la petite tête dépassant du tissu serré quelle portait sur son dos, ballottant contre son épaule à chaque secousse Ni la femme, ni lenfant, ni latérite, ni lombre du manguier. Remontent lodeur des mangues écrasées dans la cour de lécole et les grappes noires des chauves-souris suspendues telles des fruits. Me revient aussi lhistoire de ce camarade qui avait fourré au fond de son cartable lun de ces rongeurs ailés. Il lavait assommé au lance-pierre, pendant la récréation. Alors que la classe avait repris et tandis que le maître faisait réciter les tables (de multiplication) à une rangée entière, lanimal sétait réveillé. Il se débattait contre le cuir, lançant des cris stridents. Avant que ceux-ci ne finissent par attirer lattention du maître, mon camarade craignant de se faire disputer avait ouvert le rabat se son sac décole. La chauve-souris était alors sortie telle une furie se cognant dabord au plafond, retombant sur un pupitre. Puis elle sétait à nouveau élancée contre les murs, à plusieurs reprises, créant un effet de panique généralisé. Une fille sétait mise à hurler, dautres avaient plongé sous les tables. Le maître à coup de classeur tentait de la chasser Je ne sais plus si la chauve souris avait fini par sortir de la pièce, ni même si cela avait duré longtemps. Il me reste juste le grand sourire de ce camarade, tourné vers moi, sexcusant presque du désordre et disant : « Cest dommage... Cest bon à manger, tu sais » |
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