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L'insouciance (fragment 11) Elle est assise face au bassin. Elle feuillette une revue en jetant, de temps à autres, un coup dil par dessus les pages. Des lunettes de soleil cachent ses yeux mais le léger mouvement du menton suffit pour comprendre quelle ne lit vraiment. Dailleurs, elle tourne les pages comme par réflexe plus quelle ne semble lire. Elle doit regarder les photos. Ses jambes sont allongées sur une chaise grise, à ses côtés un sac de cuir noir. Elégante mais pas guindée. Elle tourne les pages puis repose la revue sur une autre chaise, à portée de main. Les bras sur laccoudoir du siège elle bascule sa tête en arrière, suffisamment pour continuer son observation. Il fait beau, les enfants tournent autour du plan deau. Certains séclaboussent, dautres penchés sur le parapet surveillent une régate. Cris et jeux de ballons. Un couple passe poussant un landau. Ils ont lair pincés. Sur un banc, en face, sous les arbres (des marronniers ?), deux adolescents enlacés miment, sans le savoir, le baiser de Rodin. Elle tire un petit carnet de sa poche, y trace quelques lignes. Un homme vient de sasseoir sur lune des chaises, à sa gauche. Il tient un journal plié en deux. Il regarde sa montre, consulte son téléphone portable. Près du bassin un enfant lance des cailloux avant de recevoir une claque. Une petite fille en robe blanche pousse maladroitement un tricycle sur lequel est juché son sosie. Des femmes bavardent. Lhomme a retiré sa veste, la pliée sur le dossier. Cest drôle cette manie quil a de tout plier. Va-t-il enlever ses chaussures? A côté du croquis elle note : « veston plié à quatre épingles comme un journal ». Tiens, justement le journal. Il vient de louvrir ! Sur la une, un titre en gros caractères rouges barre une sorte déruption volcanique. Elle frissonne, tourne la tête. Elle regarde la lumière jouer dans le feuillage. Enfant elle plissait les yeux pour voir des tâches floues se dévorer. Ca marche encore. ... La lumière a changé. Le ciel se couvre. Déjà le parc se vide. Il ne viendra plus ! Elle monte le col de sa veste, retire ses lunettes, range son carnet, se lève. Lhomme au veston plié a lui aussi quitté la place depuis longtemps. Un journal est négligemment abandonné sous une chaise. La brise qui se lève, lui fait battre de laile. Il va pleuvoir. Passant devant elle lit : « LApocalypse : New -York sous le choc ». Une averse froide balaye le parc. Dans le bassin criblé, un petit voilier chancelle. |
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