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Gérard
Gasiorowski - Portrait
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| (extrait du catalogue C.G.Pompidou (96) | |||
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Né le 30 mars 1930 à Paris, mort le 19 août 1986 à Lyon. En 1972/73, l'image et le format de la toile diminuent.
Les Impuissances reprennent, sur des toiles d'un format 18 x 13 cm, (imagerie
de gravures de dictionnaires anciens. Format identique pour Les Aires
de 1973, où seul apparaît sur une surface blanche une légère trace de
V évoquant le vol de l'oiseau perdu dans l'immensité de cette minuscule
toile. La Guerre dès 1973 se développe avec frénésie, il s'agit pour Gasiorowski de faire la guerre à la peinture mais aussi au Monde de l'art. "Je construisis cette énorme suite, je peux dire énorme car elle m'a pris beaucoup de temps, constituée de tout l'appareil guerrier, chars d'assauts, soldats, plans, tanks, avions... le tout sur papier, la toile étant définitivement abandonnée. J'employais aussi des objets et des jouets que je maculais. (...) Il y a aussi "les Objectifs", une mise en caisse de jouets ferroviaires que je détruis en les brûlant partiellement, le tout formant un spectacle de catastrophe. Toute cette traduction de l'horreur n'est en fin de compte que l'horreur du pictural, ce qui est en cause et n'a toujours été que la peinture, l'acte pictural est mon unique problème. « Parallèlement, à partir de 1973 et jusqu'au début des années 80, se développent deux séries fondamentales : Les Fleurs et Les Amalgames qui tracent une véritable ligne de plaisir, s'échelonnant dans le temps et croisant d'autres séries. A côté du savoir de la main, Les Amalgames représentent le savoir, et en dressent (inventaire. Ce travail de production intense donne son sens primordial à l'existence de l'œuvre : le pur plaisir de peindre. A la suite de ce catalogue, il se retire dans son isolement
absolu jusqu'en 1982 et seuls quelques amis proches ont accès à son atelier
; il n'exposera, pendant cette période, aucune des oeuvres qu'il exécutera. Gasiorowski en observateur de l'Académie tient à jour
méthodiquement des registres qu'il soumet à l'approbation de Arne Hammer
sur lesquels sont consignés tous les noms des élèves, la répartition des
classes, le détail du travail personnel du professeur Hammer... En 1980 Gasiorowski réorganise L'Académie AWK et assemble Les Classes, en perspective de sa première exposition à la Galerie Adrien Maeght mais aussi première exposition depuis 7 ans. "(...) je m'y trouve à l'aise, c'est une galerie pour moi, elle est adaptée à mon refus, toujours de dédier mon travail à l'argent, donc à un marché. (...) Adrien est avec moi comme devaient lêtre je l'imagine, les mécènes, c'est-à-dire que l'argent m'est donné, mais sans compensation (...) et ça, ça me laisse une liberté très grande, mentalement, et j'ai un très grand respect pour lui d'appliquer cette chose vis-à-vis de moi. (...) C'est une galerie où je peux avoir, comme dit Malraux, mon musée imaginaire ; je retrouve 1'Ecole de Paris, Mirô, je retrouve Braque, Calder, Léger, Bonnard, (...) Je suis dans une galerie-musée, en ce sens ça me rassure beaucoup, ça a pour moi une très grande importance." Gérard Gasiorowski donne à Kiga une descendance ; ce sont Les Paysans, qui construisent une pyramide de Meules, Les indifférents qui s'attachent à explorer la nature à la manière d'un devoir de sciences naturelles. Son oeuvre retrouve enfin la simplicité du plaisir de peindre. Dans le même temps, Gasiorowski exécute Les Sables qui reprennent le travail de recouvrement largement employé auparavant et répondant à cette éternelle angoisse de protéger la peinture. Comme dix ans auparavant ( Les Croûtes, La fuite à Barbizon, Les Ponctuations...) c'est par le paysage que la peinture est prête à renaître. Gasiorowski, en vue de la rétrospective qui lui
sera consacrée en 1983 à l'ARC, entreprend de relire et réorganiser son
oeuvre depuis 1964. Il constitue pour cette exposition le grand ensemble
Les Amalgames, immense épopée de l'histoire de l'art mais aussi mémoire
de son travail, englobant les oeuvres sur papiers de 1972 à 1982. Les
Fleurs sont également assemblées et formeront à l`ARC un mur de plus de
250 peintures sur papier. Gasiorowski médite alors sur toutes les plus hautes expressions de la culture universelle et sur l'origine de l'art. Il essaie de puiser l'essence du génie des grands modèles du passé (Giacometti, Cézanne, Manet, Chardin, Rembrandt, Giotto, les peintures de Lascaux). Il déroule, sur d'immenses surfaces, l'itinéraire de sa passion. Il expose Les Cérémonies chez Adrien Maeght en 1984. "Tous axés sur un rituel, sur une cérémonie. C'est vraiment le sacré que je montre là". L'année suivante, il poursuit son travail sur la ligne dans La ligne indéfinie. En choisissant la ligne, Gasiorowski matérialise le déroulement de la peinture de ses origines les plus lointaines à aujourd'hui. Il montre aussi la volonté de relier ses oeuvres dans un tableau unique, sans fin comme le manifestait déjà l'idée de la série. En 1986 il réalise une immense toile pour l'Abbaye de
Fontevraud, Stances : "un immense chemin de peinture, une ligne d'or
qui, sur quarante mètres, traversait les chambres de la peinture, les
chambres de ma vie." Simultanément il expose les Ex-voto et les Commandements
chez Maeght. Un seul catalogue lie ces deux expositions, à l'instar de
tous les catalogues de ses expositions à la galerie Adrien Maeght, Gasiorowski
le conçoit et y fait figurer, à la dernière page, cette phrase de Saint
Augustin : "Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui
qui perd sa passion." Emporté par ce flux, il exécute, en juin 1986, pour le
stand d'Adrien Maeght à la FIAC, une série de grand format, une oeuvre
chargée de l'espoir d'une nouvelle fécondité Fertilité. "Douze tableaux
qui portent aussi un paysage très français, dans ses tonalités monochromes,
où la seule ambition, le seul manque d'ambition devrais-je dire s'exprime
dans le carré, cultivé amoureusement dans les règles classiques, juxtaposition
ordonnée dans une construction et une mesure propres à la peinture française,
au paysage français. Mais cette terre est forte d'un mouvement, d'une
présence animale, d'une odeur qui la nourrit d'élans plus sauvages.(...)
A tous ceux -et ce furent parfois des amis- qui ont renvoyé de mon travail
une image tragique, je dis qu'aujourd'hui je travaille très vite, sans
inquiétude, sans angoisse. Je suis sur 1e fleuve de 1a peinture, et tout
ce que je touche est emporté par ce courant. Fertilité montre ce qu'il
en a toujours été de ma peinture : un devoir que j'ai choisi, compulsif,
celui de toujours tout recommencer, car c'est ma seule façon de continuer
"Peinture" (...) Je ne, désire qu'une chose, que l'on dise devant
ce travail : Voilà une peinture ! Désormais j'attends que la terre donne
et que poussent les choses que j'ai semées. En fait, c'est une vrai culture
que j'attends maintenant.« Le 19 août 1986, à l'âge de cinquante-six ans, Gasiorowski meurt à Lyon d'un infarctus.
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| "Le sujet n'a pas d'importance, seule importe cette nappe de peinture qui se coule sur le dessin." | |||
| "Je ne désire qu'une chose, que l'on dise devant ce travail : "Voilà une peinture !" | Adrien Maeght écrivit ces quelques lignes peu après : "Nous avions le même âge, treize jours de différence. Nous considérions 1 `année 1930 comme l'une des meilleures de ce siècle. Nous avions les mêmes goûts : préférant Léger à Picasso, Léautaud à Aragon, Citroën à Lada, le bordeaux au bourgogne... Il nous était arrivé d'imaginer nos vieux jours, tout en dégustant le vin du Mas Bernard dont il venait de dessiner l'étiquette. Lui l'artiste, peignant des "croûtes, " moi 1e "galérien", les vendant à prix d'or à quelques riches Américains. heureusement en retard de vingt-cinq ans. Je guettais dans l'embrasure de la porte de mon bureau son sourire, un sourire qui en disait long sur ses états d'âme ou ses intentions du moment ; heureux des facéties qu`il avait préparées, souvent caustique, jamais malveillant. J'ai vu partir Bonnard, Léger, Matisse, Braque, Giacometti, Calder, Miro, mon père, ces grands avec qui j'ai eu la chance de travailler, que j'ai aimés, admirés, quelque fois craints. Mais le 19 août, c'est Gasiorowski qui m'a quitté, et ce n'était pas une facétie ce jour là. J'ai perdu un frère, un complice, et le monde de l'art, un de ses plus grands peintres." En 1988, le Musée d'Art Moderne de Villeneuve d'Ascq organisait une importante rétrospective de son travail "Le secret et la peinture" qui mettait principalement en lumière les dernières séquences de son oeuvre. Au printemps 1991, la Galerie Maeght exposait "Les Amalgames et La Guerre". La même année, la première Biennale d Art Contemporain de Lyon, dans une manifestation intitulée "L'amour de Part ", rendait hommage à Gérard Gasiorowski en lui consacrant une salle du Musée Saint-Pierre où étaient montrés Les Jus, Les Tortues, Les Bâtons et Fertilité. Une exposition eut lieu également au CCC de Tours de novembre 1991 à février 1992 réunissant l'ensemble des "Tableaux traversés par la ligne". | ||
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